Fragments du deuxième livre
Μελῶν β΄ ἀποσπάσματα
Notice
Le deuxième livre de l’édition alexandrine de Sappho réunissait des poèmes composés dans un seul mètre : le « pentamètre sapphique » de quatorze syllabes, un glyconien à double expansion dactylique. Les garanties anciennes du groupement tiennent en deux notices : Héphestion rapporte le mètre propre du livre, et Athénée cite le vers des coupes d’argent « du deuxième livre de Sappho ». Ce qui en survit arrive par deux routes très inégales : un papyrus d’Oxyrhynque pour les fragments 43 et 44, et, pour le reste, la déchiqueteuse de la citation — grammairiens, rhéteurs, médecins et logiciens prélevant un vers ou deux pour leurs propres besoins.
La pièce maîtresse est le fragment 44, les Noces d’Hector et d’Andromaque, publié par Grenfell et Hunt en 1914 d’après le P.Oxy. 1232 — le plus long morceau continu de Sappho alors connu, et le rouleau porte encore sa souscription, ΣΑΠΦ[Ο]ΥΣ ΜΕΛΗ, « Chants de Sappho » : l’attribution même. Sappho y monte une scène de messager toute homérique, avec le personnel d’Homère : Idaios, le héraut de l’Iliade, annonce qu’Hector amène de la sainte Thèbe la délicate Andromaque, ses bracelets d’or, sa pourpre, ses coupes d’argent sans nombre et son ivoire — et avec elle κλέος ἄφθιτον, « une gloire impérissable », les mots mêmes qu’Achille emploie pour la gloire payée de sa vie, attachés ici à l’arrivée d’une épousée. Le catalogue nuptial répond aux catalogues de butin de l’épopée ; la ville entière sort ; et le chant s’achève sur « pareils aux dieux » — le cousin public de l’ouverture du fr. 31 — au-dessus d’une ruine que chaque auditeur connaissait et que le poème ne nomme jamais. Du même papyrus vient le fragment 43, sept fins de vers qui closent un poème de fête nocturne : la lassitude se pose, et l’on relève la compagnie — « mais allons, ô mes amies, car le jour est proche ».
Les fragments 45 à 52 sont des citations, données ici dans le texte d’Edwin Marion Cox (1924, domaine public) : Apollonios Dyscole voulait un pronom éolien (45) ; Hérodien, deux mots rares (46, 52) ; Maxime de Tyr illustre Éros par le vent de montagne qui s’abat sur les chênes (47) ; Héphestion et Plutarque conservent chacun un vers sur Atthis — deux moments du même amour, joints sous un seul numéro, l’écart laissé visible (49) ; Galien prescrit le distique du beau et du bon contre la vanité (50) ; et Chrysippe classe l’indécision de Sappho comme spécimen de négation (51). LP 48, cité par l’empereur Julien, manque ici faute de texte libre de droits : le trou dans la numérotation est délibéré, non un oubli. Les leçons des éditions du domaine public sont gardées telles qu’imprimées, y compris le « κατ ὄπος » du fr. 47 (coquille ρ/π pour κατ᾽ ὄρος, « du haut de la montagne »), traduit selon le sens et consigné dans les notes du traducteur. Les restitutions éditoriales restent entre [crochets] ; là où le papyrus se déchire, la traduction se déchire.
] beau
dou]cement agite
] la lassitude — les esprits
] se pose[
mais allons, ô mes amies,
], car le jour est proche.
] κάλος
ἀ]κάλα κλόνει
] κάματος φρένας
]ε κατισδάνει[
ἀλλ᾽ ἄγιτ᾽, ὦ φίλαι,
], ἄγχι γὰρ ἀμέρα.
le héraut vint [......... ] [... ]
Idaios, le rapide messager, [. ]. [. ] [.. ] ceci:
— et du reste de l’Asie [. ]. une gloire impérissable.
Hector et ses compagn[o]ns amènent celle aux yeux vifs,
de la sainte Thèbe, et de Plakia l’in[t]a(r)issable,
la délicate Andromaque, sur des nefs, par la mer
salée; et force [bra]celets d’or, et des robes
de pourpre, [de b]elles [bro]deries fleuries, des bibelots diaprés,
des [coup]es d’argent innom[br]ables, et l’ivoire.
Ainsi dit-il; et prestement le pè[re] chéri se leva d’un bond,
et la nouvelle courut la ville aux larges [pla]ces, jusqu’aux siens.
Aussitôt les fils d’Ilos, sous les voiture[s] aux belles roues,
men[èr]ent les mules; et y mont[ait] la foule entière
des femmes, et des vierge[s] aux chevilles [dé]liées;
et à part, les fille[s] de Priam [s’avançaient.
et les hommes amenaient les che[vaux] sous les cha[rs
t[ou]s les jeunes ho[m]mes; et grande[ment] [
[.... ]. les cochers [
[... me]naient deho[rs /...
sem]blables aux dieu[x
] saint, tous ensem[ble
] vers Ilio[n
] se mêlai[t
] et alors les vier[ges
].. [ /...
[..... ] [. ]. [. ] [... ] [.. ].. [. ]. [
[...... ] la casse et l’encens étaient reçus.
et les femme[s] lançai[en]t le cri sacré, toutes les aînée[s,
et tous les homm[e]s poussaient l’aimable clameur aiguë[
invoquant Paon, l’archer qui frappe au loin, le dieu à la belle lyre,
et chantant Hector et Andromaque, pareils aux dieu[x.
κάρυξ ἦλθε θε[......... ]ελε[... ]. θεις
Ἴδαος τάδεκα[. ]. [. ]φ[.. ]. ις τάχυς ἄγγελος
τάς τ᾽ ἄλλας Ἀσίας τ[. ]δε. αν κλέος ἄφθιτον·
Ἕκτωρ καὶ συνέταιρ[ο]ι ἄγοισ᾽ ἐλικώπιδα
Θήβας ἐξ ἰέρας Πλακίας τ᾽ ἀπ᾽ ἀ[ϊ]ν(ν)άω
ἄβραν Ἀνδρομάχαν ἐνὶ ναῦσιν ἐπ᾽ ἄλμυρον
πόντον· πόλλα δ᾽ [ἐλί]γματα χρύσια κἄμματα
πορφύρ[α κ]άλα τ᾽ αὖ τ[ρό]να, ποίκιλ᾽ ἀθύρματα,
ἀργύρ[α τ᾽] ἀνάρ[ιθ]μα [ποτή]ρ[ια] κἀλέφαις.
ὣς εἶπ᾽· ὀτραλέως δ᾽ ἀνόρουσε πάτ[ηρ] φίλος,
φάμα δ᾽ ἦλθε κατὰ πτόλιν εὐρύχ[ορο]ν φίλοις.
αὔτικ᾽ Ἰλιάδαι σατίναι[ς] ὑπ᾽ ἐϋτρόχοις
ἆγ[ο]ν αἰμιόνοις, ἐπ[έ]βαινε δὲ παῖς ὄχλος
γυναίκων τ᾽ ἄμα παρθενίκα[ν] τε τ[αν]υσφύρων·
χῶρις δ᾽ αὖ Περάμοιο θύγ[α]τρες [ἐπήισαν.
ἴππ[οις] δ᾽ ἄνδρες ὕπαγον ὑπ᾽ ἄρ[ματα
π[άντ]ες ἠΐ[θ]εοι· μεγάλω[ς] τι δ[
δ[.... ]. ἀνίοχοι φ[
π[... ἔ]ξαγο[ν /...
ἴ]κελοι θέοι[ς
] ἄγνον ἀόλ[λεες
]νον ἐς Ἴλιο[ν
]τ᾽ ὀνεμίγνυ[το
]ως δ᾽ ἄρα πάρ[θενοι
]νεδεσ.. [ /...
[..... ]φ[. ]α. [. ]ο[... ]ωσδε[.. ].. εακ[. ]. [
[...... ]ι κασία λίβανός τ᾽ ὀνεδέχνυτο.
γύναικε[ς] δ᾽ ἐλέλυσδ[ο]ν ὄσαι προγενέστερα[ι,
πάντες δ᾽ ἄνδρ[ε]ς ἐπήρατον ἴαχον ὄρθιον[
Πάον᾽ ὀνκαλέοντες ἐκάβολον εὐλύραν,
ὔμνην δ᾽ Ἔκτορα κἀνδρομάχαν θεοικέλο[ις.
vent dévalant la montagne, s’abattant sur les chênes.
ἄνεμος κατ ὄπος δρύσιν ἐμπέσων.
Tu me paraissais une petite enfant, et sans grâce.
Σμίκρα μοὶ παῖς ἔμμεν ἐφαίνεο κἄχαρις.
mais celui qui est bon sera aussitôt beau de surcroît.
ὀ δὲ κἄγαθος αὔτικα καὶ κάλος ἔσσεται.