Poème · 599 BC · Mytilene

Les épithalames — Chants nuptiaux

Ἐπιθαλάμια

Notice

Le dernier livre de l’édition alexandrine de Sappho était fait de ses chants de noces, et les Anciens les citaient encore longtemps après que le reste fut tombé en poussière : des douze fragments réunis ici, six ne survivent que parce que le métricien Héphestion voulait l’exemple, en un vers, de quelque forme métrique. Ce sont les poèmes les plus publics que Sappho ait écrits. Les poèmes d’amour parlent d’une seule voix à une seule personne ; les épithalames étaient des pièces d’exécution — chantées par des chœurs de jeunes filles à la porte de la chambre nuptiale, échangées en raillerie entre les amies de l’épousée et les compagnons du marié, criées par-dessus le festin. Ce qui en subsiste est l’épave de toute une liturgie d’un soir, et le présent recueil imprime l’épave dans son ordre conventionnel, chaque pièce sous son numéro standard Lobel-Page / Voigt, l’auteur ancien qui l’a conservée étant noté dans la source.

La séquence va du crépuscule à l’acclamation. Le fragment 104, l’adresse à l’étoile du soir qui ramène la brebis, la chèvre, l’enfant à sa mère — et, sans le dire, l’épousée à l’époux —, est le gond du genre entier, et le « O Hesperus, thou bringest all good things » de Byron le maintient en circulation. Le fragment 105 garde les deux comparaisons les plus célèbres qu’elle ait faites pour l’épousée : la pomme douce qui rougit, hors d’atteinte, au bout de la branche (non pas oubliée — inaccessible), et, sa jumelle sombre, la jacinthe que les bergers foulent dans les montagnes. Les fragments 107, 109 et 114 appartiennent aux chants des adieux — l’épousée demandant si elle désire encore sa virginité, la réponse d’un seul vers du père qui fiance, et le petit dialogue où la Virginité elle-même répond de l’autre côté de la porte : jamais plus. Autour d’eux se tiennent les pièces pour rire : le portier aux pieds de sept brasses et aux sandales de cinq peaux de bœuf (110), les comparaisons taquines et les félicitations pour le marié (112, 113, 115), et le fragment 111, le cri des charpentiers — haut la poutre du toit, l’époux arrive en égal d’Arès —, dont J. D. Salinger fit un titre et qui demeure le morceau d’héroï-comique le plus connu du grec. Les salutations finales (116, 117), conservées par Servius et Héphestion, sont la forme mise à nu : joie à l’épousée, joie à l’époux — le mot est chaire, à la fois « réjouis-toi » et « adieu ».

Le texte grec est celui d’Edwin Marion Cox, The Poems of Sappho (1924), édition du domaine public ; ses leçons sont gardées telles qu’imprimées, et ses menus artefacts d’impression (une lettre tombée dans le mot grec pour « époux » en plusieurs fragments) sont traduits selon le sens et consignés dans les notes du traducteur. Les restitutions éditoriales restent entre [crochets] ; là où le texte s’interrompt, la traduction s’interrompt.

Étoile du soir, qui ramènes tout ce que l’aube brillante a dispersé:
tu ramènes la brebis, tu ramènes la chèvre, tu ramènes l’enfant à sa mère.
Ϝέσπερε, πάντα φέρων, ὄσα φαίνολις ἐσκέδασ᾽ αὔως,
φέρεις οἴν, φέρεις αἶγα φέρεις ἄπυ ματέρι παῖδα.
Comme la pomme douce qui rougit au bout de la branche,
tout au bout de la plus haute, et les cueilleurs de pommes l’oublièrent —
non, ils ne l’oublièrent pas: ils ne pouvaient l’atteindre. // Comme la jacinthe dans les montagnes, que les hommes bergers
foulent aux pieds, et à terre la fleur s’empourpre.
Οἶον τὸ γλυκύμαλον ἐρεύθεται ἄκρῳ ἐπ᾽ ὔσδῳ
ἄκρον ἐπ᾽ ἀκροτάτῳ, λελάθοντο δὲ μαλοδρόπηες,
οὐ μὰν ἐκλελάθοντ᾽, ἀλλ᾽ οὐκ ἐδύναντ᾽ ἐπίκεσθαι. // Οἴαν τὰν ὐἀκινθον ἐν οὔρεσι ποίμενες ἄνδρες
πόσσι καταστείβοισι, χάμαι δ᾽ ἐπιπορφύρει ἄνθος.
Est-ce ma virginité que je désire encore?
Ἦρ᾽ ἔτι παρθενίας επιβάλλομαι;
« Nous la donnerons », dit le père.
Δώσομεν, ἦσι πάτηρ.
Le portier a des pieds de sept brasses,
ses sandales sont de cinq peaux de bœuf,
et dix cordonniers s’épuisèrent à les faire.
Θυρώρῳ πόδες ἐπτορόγυιοι
τὰ δὲ σάμβαλα πεμπεβόηα,
πίσυγγοι δὲ δέκ᾽ ἐξεπόνασαν.
Haut la poutre du toit —
levez-la, hommes charpentiers!
L’époux arrive, l’égal d’Arès,
bien plus grand qu’un homme grand.
Ἴψοι δὴ τὸ μέλαθρον,
ἀέρρετε τέκτοντες ἄνδρες,
γάμβρος ἔρχεται ἶσος Ἄρευϊ,
ἄνδρος μεγάλω πόλυ μείζων
Heureux époux, le mariage que tu appelais de tes vœux
est accompli: tu as la jeune fille que tu appelais de tes vœux. // Et sur son visage désirable une douceur de miel est répandue.
Ὄλβιε γάμβρε, σοὶ μὲν δὴ γάμος, ὠς ἄραο
ἐκτετέλεκτ᾽ ἔχεις δὲ πάρθενον, ἂν ἄραο. // Μελλίχιος δ᾽ ἐπ᾽ ἰμμέρτῳ κέχυται προσώπῳ.
Car il n’était pas d’autre fille, ô époux, pareille à elle.
Οὐ γὰρ ἦν ἀτέρα παῖς, ὦ γάμβε, τοαύτα.
A. Virginité, virginité, où t’en vas-tu, m’abandonnant?
B. Jamais plus je ne viendrai vers toi, jamais plus je ne viendrai.
Α. Παρθενία, παρθενία, ποῖ με λίποισ᾽ ἀποίχῃ;
Β. Οὐκέτι ἤχω πρὸς σέ, οὐκέτι ἤχω.
À quoi, cher époux, te comparer au plus juste?
C’est à une jeune pousse élancée que je te compare le mieux.
Τίῳ σ᾽, ὦ φίλε γάμβε, κάλως ἐϊκάσδω;
ὄρπακι βραδίνῳ σε κάλιστ᾽ ἐϊκάσδω.
... Joie à toi, épousée;
joie à toi, époux honoré — joie sur joie.
... Χαῖρε, νύμφα,
χαῖρε, τίμιε γαμβε, πόλλα.
Joie à l’épousée, et que l’époux se réjouisse.
Χαίροισα νύμφα, χαιρέτω δ᾽ ὀ γάμβος.

Citer ce passage

Les épithalames — Chants nuptiaux

Choisissez un format et cliquez sur Copier. Le permalien mène tout lecteur exactement à cette section.

Soutenir ce projet

En lecture libre ici. Achetez le livre numérique pour soutenir le travail.

Livre numérique à paraître

L’édition numérique dans cette langue est en préparation. (Français)