Fragments du livre premier
Μελῶν α΄ ἀποσπάσματα
Notice
Le premier livre de l’édition alexandrine de Sappho réunissait ses poèmes en strophe sapphique, et il était énorme : le colophon d’une copie sur papyrus enregistre 1 320 vers — trois cent trente strophes. De ce livre nous tenons encore l’Hymne à Aphrodite entier, et les grands fragments papyrologiques imprimés dans les Poèmes majeurs de la présente édition. Le présent recueil rassemble ce qui survit d’autre du premier livre, et la manière dont cela survit est toute l’histoire : aucun de ces dix fragments ne fut conservé parce que quelqu’un voulait conserver un poème. Les grammairiens citaient un vers de Sappho pour illustrer un pronom éolien ; les lexicographes, pour fixer un mot rare ; les commentateurs d’autres poètes, pour noter un parallèle — et les poèmes passèrent par la déchiqueteuse de la citation, deux vers à la fois. Apollonios Dyscole, voulant un exemple de l’éolien ἄμμε, donne deux mots (fr. 38) et ajoute qu’ils se trouvaient « chez Sappho, au premier livre » — la garantie ancienne de ce groupement. Chaque fragment est imprimé sous son numéro standard Lobel-Page / Voigt, l’auteur ancien qui le cite étant noté dans la source : ainsi chaque bribe est citable.
Si menus qu’ils soient, les fragments se rangent encore d’eux-mêmes dans les registres de Sappho. Il y a la prière : le vœu que le lot gagnant échoie de la main d’Aphrodite couronnée d’or (33), l’appel à la déesse depuis ses sièges de culte — Chypre, Paphos ou Panorme (35), et le vœu d’une chèvre blanche sur l’autel (40), dont le verbe d’offrande s’est perdu dans la transmission, la syntaxe brisée restant visible dans la traduction. Il y a le climat intérieur que les poèmes d’amour cartographient en grand, donné ici en éclairs : languir et chercher en quatre mots (36) ; la douleur comme un égouttement, goutte à goutte, que les vents ballottants sont priés d’emporter (37) ; l’adresse de deux mots — à Éros, comprenaient les Anciens — « Tu nous rôtis » (38) ; la déclaration aux belles que cette pensée ne change pas (41). Et il y a le monde observé qui rend ces états visibles : la sandale diaprée, bel ouvrage lydien, qui couvre un pied (39), et les colombes dont le cœur se fait froid, si bien qu’elles laissent retomber leurs ailes — citées par un commentateur parce que Pindare dit la même chose de l’aigle de Zeus apaisé par la musique (42). Le fragment 32, où des donatrices innommées — les Muses, supposaient les Anciens — « m’ont mise en honneur, en me donnant leurs propres œuvres », se lit aujourd’hui comme l’épitaphe du corpus lui-même.
Le texte grec est celui d’Edwin Marion Cox, The Poems of Sappho (1924), édition du domaine public ; ses leçons sont gardées telles qu’imprimées, y compris ses artefacts d’impression : le « οἰ διάμειπτον » du fr. 41 (évidemment οὐ, la négation — la même classe de coquille que le « γαπ » du fr. 16) est traduit comme la négation, et le « ἄμοι » du fr. 37 est traduit selon la conjecture de Bergk, « les vents » ; l’un et l’autre sont consignés dans les notes du traducteur. Les restitutions éditoriales restent entre [crochets] ; là où la citation s’interrompt, la traduction s’interrompt.
en me donnant leurs propres œuvres?
τὰ σφὰ δοῖσαι;
ce lot pouvait m’échoir.
τόνδε τὸν πάλον λαχόην.
que les vents qui la ballottent l’emportent,
et les soucis avec elle.
τὸν δ᾽ ἐπιπλάζοντες ἄμοι φέροιεν
καὶ μελεδώναις.
ποίκιλος μάσλης ἐκάλυπτε, Λύδι-
-ον κάλον ἔργον.
et je verserai pour toi la libation
καπιλείψω τοι
ne change pas.
οἰ διάμειπτον.
et elles laissent retomber leurs ailes.
πὰρ δ᾽ ἴεσι τὰ πτέρα